Paraplégique. Voila la manière dont vous ressortez de la salle de projection du film évènement Avatar de James Cameron en 3D, de la même sorte que le héros Jack Sully. Si vous vivez au fond d'une grotte dans les Balkans et que vous passez votre vie à vous sustenter de rats-taupes morts, sachez que Avatar traite d'un colonialisme extraterrestre orchestré par les humains de la RDA (non, l'autre). En 2154, sur le satellite Pandora, situé à plus de quatre années lumière de notre système solaire, un peuple d'une espèce d'humanoïdes indigènes, les Na'vis est menacé d'extinction par le bulldozer américain. Il a eu, en effet, la mauvaise idée de planter son lieu de résidence, en l'occurrence un arbre titanesque, au beau milieu du plus gros gisement de la ressource justement recherchée par l'envahisseur, afin de combler les manques énergétiques de la planète Terre. En mission d'infiltration, Jack Sully, ancien marine ayant perdu ses capacités motrices, se retrouve propulsé dans ce monde grandiose mais dangereux, sous les traits de son avatar Na'vi, un clone créé à partir de l'ADN humain mélangé à celui des autochtones. C'est dans ce nouveaux corps de géant bleu qu'il va comprendre tous les enjeux, non seulement de la quête des hommes, mais également du besoin de protéger cette nature intacte, en symbiose parfaite et complexe, qui connecte le monde organique dans sa totalité, comme un dantesque réseau informatique mondial ou à la manière des neurones qui se joignent dans le cerveau humain (c'est Sigourney Weaver qui le dit, alors, hein !). Pour mieux comprendre, comparez ces neurones à des arbres pandoriens, qui sont, eux, bien plus nombreux.
ATTENTION : SPOILER !
Outre le fait que ce film annonce une nouvelle ère dans le cinéma du numérique (difficile de démasquer le réel du virtuel), Avatar nous offre un monde splendide et riche, d'une biodiversité incontestablement exemplaire. Mais en réalité, la nature de Pandora n'a rien d'imaginatif. Ce n'est pas un reproche, c'est un constat. Cameron n'a pas inventé un monde de toutes pièces : il a rendu celui de notre planète bien plus beau, en excluant tout ce qui ne rentrait pas dans la catégorie "exotique". Après avoir acquis de l'expérience en fonds marins avec Abyss, il s'est inspiré pour sa nouvelle oeuvre de méduses que l'on trouvent, chez nous, dans les profondeurs des océans. Pour ce qui est du bestiaire volant, n'allez pas chercher très loin : les Ikran sont un savant mélange de ptérodactyles, reptiles volants de l'ère des dinosaures, et de dragons mythologiques, le réalisateur ne cachant d'ailleurs pas son influence préhistorique. Les destriers chevauchés par les Na'vis sont simplement des chevaux qui poussent des cris de Raptors. Les Titanosaurus sont des hybrides issus de requin-marteau et d'éléphants et leur prédateur, le Thanator n'est autre qu'un tigre noir ma foi assez original au niveau facial. Mais bien d'autres cas suivent, comme ce lémurien arboricole vert à quatre bras, et surtout les Na'Vis, qui sont identiques aux humains, morphologiquement, mis à part qu'ils atteignent plus de trois mètres, sont bleus et ont un aspect félin marqué. Il est également intéressant de souligner que presque tous les animaux cités, sans compter les autres, ont trois paires de membres, exceptés ces derniers qui n'en ont que deux... comme nous. L'organisation anatomique de la Vie pandorienne est la même que l'organisation terrienne, tout comme les règnes animal, végétal...
Il serait donc difficile d'établir des liens de parenté entre les espèces, malgré de nombreux caractères homologues, tels que le "lien" qui permet à deux espèces de rentrer en symbiose, ce que les Na'vis ont détourné à leurs fins en rapport dominant/dominé. James Cameron n'a fait qu'apporter au monde terrestre une touche plus gracieuse, plus élégante, plus colorée, plus sauvage... Son plus beau tour de force est qu'il arrive, et on peut admirer cette démarche, à créer, avec ces éléments qui semblent sortis d'un esprit onirique, un univers totalement concret et qui marche au niveau biologique, grâce une force inédite paraissant plausible, que les indigènes assimilent à une divinité et vous découvrirez en regardant ce chef d'oeuvre magistral.
A 530 millions de dollars de budget, on pouvait donc s'attendre à du lourd. C'est chose faite. Avatar signe le film le plus spectaculaire des années 2000 avec, en prime, un petit zeste d'écologie et une mémoire émouvante aux Amérindiens qui subirent un sort similaire. Mais ne vous faites pas d'illusion : ce monde n'existe certainement pas. C'est la loi de Darwin qui vous le dit. Cependant, vous pouvez toujours aller rêver durant 2h41, vous évader et en prendre plein les mirettes dans les salles obscures. Ce n'est pas tous les ans que l'on a la chance d'atterrir sur une autre planète (néanmoins, je vous conseillerai de laisser votre esprit naturaliste au vestiaire) ; bon voyage !
P.S.: si vous avez la possibilité, n'hésitez pas : allez l'admirer en 3D.
Aje